L’avènement mondial de la mémoire

Nous vivons l’avènement mondial de la mémoire. Depuis vingt ou vingt-cinq ans, tous les pays, tous les groupes, sociaux, ethniques, familiaux, ont été amenés à connaître un profond changement du rapport traditionnel qu’ils entretenaient avec le passé.

Ce changement a pris des formes multiples: critique des versions officielles de l’histoire et remontées du refoulé historique; revendication des traces d’un passé aboli ou confisqué; culte des racines (roots) et développement des recherches généalogiques; effervescence commémorative en tout genre; règlements judiciaires du passé; multiplication des musées de toute nature; recrudescence de sensibilité à la détention et à l’ouverture des archives à la consultation; attachement renouvelé à ce que les Anglo-saxons appellent “héritage” et les Français “patrimoine”. Quelle que soit la combinaison de ces éléments, c’est comme une vague de fond mémorielle qui a déferlé sur le monde et qui a lié partout très étroitement la fidélité au passé -réel ou imaginé – au sentiment d’appartenance, la conscience collective et la conscience individuelle de soi, la mémoire et l’identité.

La France a peut-être été la première à entrer dans cet âge d’une mémoire passionnelle, conflictuelle, presque obsessionnelle. Puis il y a eu, après la chute du mur et la disparition de l’union soviétique, la “mémoire retrouvée” de l’Europe de l’Est. Puis il y a eu, avec la chute des dictatures de l’Amérique latine, avec la fin de l’Apartheid en Afrique du Sud et la Truth and reconciliation commission, les marques d’une véritable mondialisation de la mémoire et l’apparition de formes très diverses, mais comparables, de règlement de compte avec le passé.

***

Cette spécificité de la France que je voudrais pour commencer mettre en relief, tient à la rencontre, purement conjoncturelle, au milieu des années soixante-dix, des trois phénomènes majeurs, apparemment indépendants les uns des autres, mais qui sont venus combiner leurs effets pour précipiter la France d’une conscience historique de soi dans une conscience mémorielle. En serrant même un peu la chronologie, on pourrait soutenir que 1975 est l’année repère où se croisent le plus visiblement les contrecoups de la crise économique, les retombées de l’après-de Gaulle et l’exténuation de l’idée révolutionnaire.

La crise économique, déclenchée en 1974 par l’augmentation brutale du prix du pétrole, est, elle aussi, à l’échelle mondiale de tous les pays industrialisés. Mais la France l’a ressentie avec une acuité d’autant plus vive que la crise mettait fin à une trentaine d’années de croissance accélérée, d’industrialisation et d’urbanisation intensives qui, dans leur élan, avaient emporté brutalement tout un ensemble de traditions, de paysages, de métiers, coutumes, styles de vie demeurés, en France, inchangés depuis plus longtemps que dans tout autre pays industriel voisin. C’est au retournement de la croissance que la France a pris soudain la mesure non seulement des dégâts du progrès, mais de l’arrachement définitif à ce qui était resté, jusqu’aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, sa base et son fondement; en particulier la profonde, la millénaire stabilité de son assise rurale.

La fin des paysans avait été décrite par les sociologues et les historiens depuis quinze ans, mais, soudain, elle devient presque charnellement sensible, et douloureuse comme une amputation: c’est la fin de la “collectivité-mémoire” par excellence. 1975 est précisément l’année où le taux de la population active engagée dans l’agriculture tombe au-dessous de 10%, seuil fatidique; il était encore de près de la moitié au lendemain de la guerre. C’est l’année même où, avec le succès inattendu et foudroyant de livres comme Le Cheval d’orgueil, de Pierre-Jakez Hélias, chronique d’un village breton traditionnel, et Montaillou, village occitan, d’Emmanuel Le Roy Ladurie, de l’Histoire rurale dirigée par Georges Duby et Armand Wallon, l’évidence s’impose d’une “mémoire rurale” qui ne vit plus que de son évocation sensible ou savante. La fin du rural, accompagnée bientôt de la fin de la messe en latin, c’est véritablement la rupture du lien ombilical qui rattachait encore la France à ce que l’historien Jacques Le Goff a appelé son long, très long Moyen Age – et qui allait favoriser dans le grand public le succès grandissant que le Moyen Age et ses monuments n’ont plus cessé de connaître depuis.

Ce réenracinement lointain de l’imaginaire, il n’est d’ailleurs pas interdit de penser que l’a renforcé l’accession, précisément en 1974, de Valéry Giscard d’Estaing à la présidence de la République. Quel type de France profonde incarnait ce jeune et brillant économiste de la grande bourgeoisie, Européen de cœur, partisan d’une “décrispation” de la vie politique, et qui annonçait son septennat sous le signe du “changement”, c’est-à-dire de la modernisation? Il est probable que les débuts fringants de la nouvelle présidence, d’allure si délibérément technocratique et parisienne, ne sont pas étrangers à cette plongée dans les profondeurs perdues et retrouvées où les Français se sont allègrement engouffrés, et dont les remontées allaient apparaître en surface, à la surprise générale, en 1980, lors de l’année que le président de la République lui-même avait proposé de consacrer au Patrimoine.

D’autant que l’arrivée de Giscard d’Estaing, en marquant dans tous les domaines une nette rupture avec la tradition gaulliste, a certainement contribué à exalter les effets de l’après-de Gaulle, second phénomène de grande ampleur. Effets nombreux, aussi puissants qu’insidieux, loin encore d’avoir été explorés comme ils le mériteraient. Sur la réinterprétation du passé national, ils se sont traduits – pour les distinguer schématiquement – selon trois longueurs d’ondes.

À court terme, la mort du Libérateur, en novembre 1970, a immédiatement déclenché la fin du monopole de la version “résistantialiste” de la guerre imposée dès la libération de Paris par le général de Gaulle, selon laquelle tous les Français, à l’exception d’une poignée de traîtres et d’égarés, se seraient dressés contre l’occupation allemande. Trois signes sont généralement rapprochés, qui marquent les débuts de la remontée du souvenir noir de la France vichyste devenue, avec le temps, “ce passé qui ne passe pas”: les réactions indignées des associations de Résistants à la grâce accordée par le président Pompidou au milicien Touvier (1971), le film (interdit de diffusion) de Marcel Ophüls, Le Chagrin et la Pitié (1972), qui présentait une France peu héroïque, et la traduction en français du livre de Robert Paxton, La France de Vichy (1973), qui tranchait avec l’historiographie officielle.

À plus long terme, le post-gaullisme a représenté la reprise d’un passé plus profond. Au vu de la survie des institutions de la cinquième République, que l’on avait d’abord cru taillées sur mesure pour le Général, et quand François Mitterrand, leur plus grand adversaire quand il était dans l’opposition, les a adoptées sitôt son arrivée au pouvoir, le pressentiment s’est confirmé que le général de Gaulle avait gagné son pari historique, le rééquilibrage des institutions que la chute de la monarchie absolue avait altérées depuis la Révolution. Un pressentiment que François Furet, par exemple, traduisait en 1978 par la fameuse formule de son livre Penser la Révolution française: “La Révolution française est terminée.” Du même coup, c’était les deux siècles derniers qui se trouvaient réinsérés dans la longue durée et la continuité de l’État-nation. Une réévaluation positive s’amorçait de tout le passé monarchique et, contre toute attente, l’improbable millénaire d’Hugues Capet, en 1987, avant le quinze centième anniversaire de Clovis, en 1996, allait se révéler un succès populaire sur le thème: la France a mille ans!

Plus généralement encore, la montée au zénith de la dernière des grandes figures de la nation a valu rafraîchissement de la galerie tout entière. L’on ne peut pas ne pas mettre en rapport la revalorisation du “grand homme” avec le retour à la biographie historique, genre florissant ces dernières années après un long ostracisme; et plus profondément encore, avec une sensibilité renouvelée des Français à “une certaine idée de la France”: non plus seulement son histoire, mais ses paysages, sa cuisine, ses terroirs et ses traditions. Une sensibilité qui expliquait à coup sûr la montée en flèche de l’extrême droite et du Front national de Jean-Marie Le Pen, mais qui s’exprimait aussi à gauche par une relégitimation du souci de la Nation, réalité sur laquelle on se plaisait à souligner, à la faveur du déclin de l’idée révolutionnaire, que le marxisme avait échoué.

C’est là le troisième phénomène, moins saisissable, mais d’importance peut-être plus grande encore, qui a puissamment contribué à remodeler l’attitude des Français à l’égard de leur propre passé. L’effondrement intellectuel du marxisme, le discrédit radical de l’Union soviétique, le déclin rapide du parti communiste qui mobilisait encore quelques années auparavant jusqu’au quart du corps électoral, la chute de son rayonnement sur une grande partie de l’intelligentsia française sont des faits majeurs de ces années-là. Pour compléter le tableau, 1975 est encore l’année qui voit l’énorme succès de la traduction de l’Archipel du Goulag, d’Alexandre Soljénitsyne. Ici aussi, le phénomène dépasse de beaucoup le cadre national, mais l’existence d’un parti communiste fort et profondément stalinisé lui a donné un relief intense. Dans un pays comme la France, la patrie des révolutions depuis 1789, la fin de l’idée révolutionnaire, qui avait été le plus puissant vecteur de l’orientation du temps historique vers l’avenir, ne pouvait qu’entraîner une rapide transformation du sentiment du passé. Dans une conception du temps de type révolutionnaire, on sait ce qu’il faut retenir du passé pour préparer l’avenir; on sait aussi ce qu’il faut en supprimer, en oublier, en détruire au besoin. Le temps historique est habité par une volonté de rupture. La dévalorisation d’une idée de la rupture a redonné une légitimité à l’idée de la tradition. Non une tradition dont nous serions les héritiers et les continuateurs, mais une tradition dont nous serions en fait à jamais séparés, et devenue, de ce fait, précieuse, mystérieuse, douée d’un sens incertain qu’il nous appartenait de lui retrouver. La montée en flèche du culte du patrimoine en ces mêmes années n’a pas d’autre raison. C’est là son secret: la disparition d’un temps historique orienté par l’idée révolutionnaire a rendu le passé à sa liberté, à son indétermination, à son poids de présence, matériel comme immatériel.

Ces trois grands phénomènes, les plus actifs et les premiers peut-être, mais loin d’être les seuls, sont entrés soudain en résonance pour promouvoir l’idée d’une “mémoire” nationale. Une idée neuve et qui ne date donc que d’une trentaine d’années, mais qui n’a fait, depuis, que croître et embellir.

***

Ce mouvement de la mémoire, que j’ai proposé d’appeler “l’ère de la commémoration” est si général, si profond, si puissant, qu’il vaut peut-être la peine de s’interroger,- même au risque d’en rester aux généralités ou aux trivialités-, sur ses raisons. L’avènement de la mémoire est au croisement, me semble-t-il, de deux grands phénomènes historiques qui donnent leur marque à l’époque: un phénomène temporel et un phénomène social. C’est sur eux que je voudrais insister et que je voudrais soumettre ici à la discussion.

Le premier tient à ce qu’il est convenu d’appeler “l’accélération de l’histoire”. La formule, lancée par Daniel Halévy, signifie en clair que le phénomène le plus continu et permanent n’est plus la permanence et la continuité, mais le changement. Et un changement de plus en plus rapide, le basculement accéléré de toute chose dans un passé qui s’éloigne de plus en plus vite. Il faut prendre la mesure de ce renversement pour l’organisation de la mémoire. Elles sont capitales. Ce renversement a brisé l’unité du temps historique, la belle et simple linéarité, qui unissait au passé le présent et l’avenir.

C’était en effet l’idée qu’une société quelconque, nation, groupe, famille se faisait de son avenir qui lui dictait ce qu’elle devait retenir du passé pour préparer cet avenir et qui donnait ainsi son sens au présent, qui n’était qu’un trait d’union. Pour dire les choses un peu schématiquement, l’avenir pouvait se déchiffrer selon trois figures, qui commandaient elles-mêmes le visage du passé. On pouvait imaginer l’avenir comme une forme de restauration du passé, comme une forme de progrès, ou comme une forme de révolution. On est revenu aujourd’hui de ces trois schémas d’intelligibilité qui permettaient l’organisation d’une “histoire”. Une incertitude absolue pèse désormais sur ce que sera l’avenir. Et cette incertitude fait au présent-qui dispose, précisément, de moyens techniques de conservation sans précédent -une obligation de se souvenir. Nous ne savons pas ce que nos descendants auront besoin de savoir de nous pour se comprendre eux-mêmes. Et cette incapacité d’anticipation de l’avenir nous fait en retour une obligation d’accumuler religieusement, d’une manière un peu indifférenciée, toutes les traces visibles et tous les signes matériels qui témoigneront (peut-être) de ce que nous sommes ou auront été. En d’autres termes, c’est la fin de toute espèce de téléologie de l’histoire -la fin d’une histoire dont on connaît la fin -qui charge le présent de cet impérieux “devoir de mémoire” dont on nous parle tant. À la différence de notre ami Paul Ricoeur, qui prend ses distances avec cette formule éculée et lui préfère l’expression “travail de mémoire”, je l’accepte pour ma part, mais à condition de lui donner un sens beaucoup plus général que celui qui lui est généralement accordé: un sens beaucoup plus dilaté, mécanique, matériel, patrimonial que le sens moral habituel. Un sens qui n’est pas lié à la dette, mais à la perte, ce qui est tout différent.

Car cette “accélération de l’histoire” a pour effet brutal, symétrique de l’avenir, de mettre tout le passé à distance, – nous en sommes coupés. Il est, selon la formule célèbre d’un historien démographe anglais, “The world we have lost”. Nous ne l’habitons plus, il ne nous parle que par traces interposées, des traces d’ailleurs devenues mystérieuses et que nous devons interroger, puisqu’elles détiennent précisément le secret de ce que nous sommes, notre “identité”. Nous ne sommes plus de plain-pied avec ce passé. Nous ne pouvons le retrouver que par une opération de reconstruction documentaire, archivistique, monumentale, qui fait de la “mémoire”-une mémoire elle-même construite-, le nom actuel de ce que l’on appelait autrefois simplement “histoire”. Il y a là un très profond et dangereux renversement du sens des mots qui exprime, lui aussi, l’esprit de l’époque. “Mémoire” a pris un sens si général et si envahissant qu’il tend à remplacer purement et simplement le mot “histoire”, et à mettre la pratique de l’histoire au service de la mémoire.

Ainsi “l’accélération de l’histoire” a-t-elle pour me résumer deux effets de mémoire:

– d’une part un effet d’accumulation, lié au sentiment de la perte et qui est responsable du gonflement de la fonction de mémoire, de l’hypertrophie des institutions et des instruments de mémoire: musées, archives, bibliothèques, collections, numérisation des stocks, banques de donnés, chronologies etc.

– et d’autre part, entre un avenir imprévisible et un passé rendu à son obscurité, à son opacité, l’autonomisation du présent, l’émergence du présent comme catégorie d’intelligibilité de nous-mêmes, mais un présent déjà historique, doublé d’une conscience de lui-même et de sa vérité. C’est l’explosion de la continuité historique et temporelle qui donne, à mon avis, à la mémoire toute son actualité: le passé n’est plus la garantie de l’avenir, là est la raison principale de la promotion de la mémoire comme agent dynamique et promesse de continuité. Il y avait autrefois une solidarité du passé et de l’avenir, dont le présent n’était que le trait d’union. Il y a aujourd’hui une solidarité entre le présent et la mémoire.

La seconde raison de cette poussée mémorielle, d’ordre cette fois sociale, est liée à ce que l’on pourrait appeler, par analogie avec l’”accélération”, la “démocratisation” de l’histoire. Elle consiste dans ce puissant mouvement d’affranchissement et d’émancipation des peuples, ethnies, groupes et même individus qui travaillent le monde contemporain; bref, pour dire vite, cette émergence rapide de toutes les formes de mémoire de minorités pour qui la récupération de leur passé fait partie intégrante de leur affirmation d’identité.

Ces mémoires minoritaires relèvent principalement de trois types de décolonisation: la décolonisation mondiale qui a fait accéder à la conscience historique et à la récupération/fabrication mémorielle les sociétés qui végétaient dans le sommeil ethnologique de l’oppression coloniale; dans les sociétés occidentales classiques, la décolonisation intérieure des minorités sexuelles, sociales, religieuses, provinciales, en voie d’intégration et pour qui l’affirmation de leur “mémoire” – c’est-à-dire, en fait, de leur histoire – est une manière de se faire reconnaître dans leur particularité par la communauté générale qui leur en refusait le droit en même temps que de cultiver leur différence et la fidélité à une identité en voie de dissolution. Il y a enfin un troisième type de décolonisation qui fleurit sur l’effacement des régimes totalitaires du XXesiècle, qu’ils soient communistes, nazis ou simplement dictatoriaux: une décolonisation idéologique qui favorise les retrouvailles des peuples libérés avec leurs mémoires longues, traditionnelles, que ces régimes avaient confisquées, détruites ou manipulées: c’est le cas de la Russie, des pays de l’Europe de l’Est, des Balkans, de l’Amérique latine ou de l’Afrique.

L’explosion de ces mémoires minoritaires a eu pour effet de modifier très profondément le statut respectif et les rapports réciproques de l’histoire et de la mémoire. Pour être plus précis: de valoriser la notion même de “mémoire collective”, fort peu utilisée jusque-là.

Par rapport à l’histoire, de tout temps aux mains des pouvoirs, des autorités savantes ou professionnelles, la mémoire s’est parée des privilèges et des prestiges nouveaux de la revendication populaire et protestataire. Elle est apparue comme la revanche des humiliés et des offensés, des malheureux, l’histoire de ceux qui n’avaient pas eu droit à l’Histoire. Elle avait jusqu’ici pour elle, sinon la vérité, du moins la fidélité. Ce qui est nouveau, et qu’elle tient de l’insondable malheur du siècle, de l’allongement de la durée de vie, de la permanence des survivants, c’est la revendication d’une vérité plus “vraie” que la vérité de l’histoire, la vérité du vécu et du souvenir.

Toute l’histoire, devenue discipline à ambition scientifique, s’était au contraire construite, jusqu’à présent, à partir de la mémoire, mais contre la mémoire, considérée comme individuelle, psychologique, trompeuse, ne relevant que du témoignage. L’histoire était le domaine du collectif, la mémoire celui du particulier. L’histoire était une et la mémoire par définition plurielle, – parce que d’essence individuelle. L’idée d’une mémoire collective, émancipatrice et sacralisée, suppose un renversement complet. Les individus avaient leur mémoire, les collectivités avaient leur histoire. L’idée que ce sont les collectivités qui ont une mémoire implique une transformation profonde de la place des individus dans la société et de leur rapport à la collectivité: là est le secret de cet autre et mystérieux avènement qu’il faut un peu éclairer: l’identité, sans laquelle on ne peut comprendre the upsurge of memory.

La notion d’identité a connu en effet un renversement de sens analogue et parallèle à celui qu’a connu celle de mémoire. De notion individuelle, elle est devenue une notion collective et de subjective, elle est devenue quasi formelle et objective. Traditionnellement, l’identité caractérise l’individu dans ce qu’il a d’unique au point de prendre une signification essentiellement administrative et policière: nos empreintes digitales expriment notre “identité”, vous avez des cartes et des papiers d’”identité”. L’expression est devenue une catégorie de groupe, une forme de définition de vous par l’extérieur. “On ne naît pas femme, on le devient”, écrivait Simone de Beauvoir dans une formule célèbre. Ce pourrait être la formule de toutes les identités crées par l’affirmation de soi. L’identité, comme la mémoire, est une forme de devoir. Je suis tenu de devenir ce que je suis: un Corse, un juif, un ouvrier, un Algérien, un Noir. C’est à ce niveau d’obligation que le lien décisif se noue entre la mémoire et l’identité sociale. De ce point de vue, les deux obéissent au même mécanisme: les deux mots sont pratiquement devenus synonymes et leur union caractérise une économie nouvelle de la dynamique historique et sociale.

Cette métamorphose d’une conscience historique de soi en une conscience sociale, la France l’a connue de façon particulièrement intense, parce qu’elle a pour tradition d’avoir entretenu avec son passé, avec son histoire, un rapport essentiel et déterminant. Ce rapport a pris avec la IIIe république une centralité particulière puisque l’histoire est devenue le nerf du lien social et politique. À travers l’école, les petits manuels scolaires d’Ernest Lavisse et les livres pour enfants comme le célèbre Tour de la France par deux enfants, s’est fixé le grand récit de la collectivité nationale: une immense saga aux versions multiples et variées, mais offerte à tous, et qui rabotait toutes les particularités, qu’elles soient provinciales, familiales, linguistiques, religieuses, sociales, sexuelles, qui ne paraissaient pas relever de la grande histoire nationale. Il y avait donc d’un côté une geste, un puissant récitatif animé d’un souffle d’épopée, avec ses hauts et ses bas, ses grandeurs et ses épreuves, son inépuisable répertoire de personnalités, de scènes, de répliques, d’intrigues, de dates, de bons et de méchants, un palpitant roman familial qui partait de Vercingétorix et de la bataille d’Alésia pour aboutir au triomphe de la République et des droits de l’homme en passant par les Croisades, Louis XIV, les Lumières, la Révolution, l’épopée napoléonienne, les conquêtes coloniales, les épreuves de la guerre de 1914, et dont de Gaulle finirait par être l’héritier. Et il y avait, de l’autre, des appartenances particulières, des fidélités individuelles. D’un côté, une histoire collective et nationale. De l’autre, des mémoires de type privé. Une histoire sainte, parce que de même nature que le catéchisme religieux qu’elle voulait combattre; une histoire sacrée, parce que celle de la patrie qui méritait le sacrifice de sa vie; une légende, mais qui fonctionnait comme un puissant moteur d’intégration, de cohésion et de promotion sociales. Et des mémoires de groupe, c’est-à-dire de minorités: mémoires ouvrière, juive (on disait à l’époque “israélite”), royaliste, bretonne ou corse, ou féminine. C’est sur cette division que s’est construite l’identité française traditionnelle et qu’elle s’est fortifiée depuis un siècle; et c’est ce moule qui s’est brisé. Il s’est brisé sous l’effet d’un double mouvement: un délitement interne du mythe porteur d’un projet national et un affranchissement libérateur de toutes les minorités.

Ce double mouvement s’est développé parallèlement pour se précipiter dans ces années cruciales, 1970-1980, où, décidément, la France a connu une mutation capitale. Le secret de l’avènement d’une “mémoire nationale” hégémonique, tyrannique, presque obsédante, est là: dans le passage d’une conscience historique de soi à une conscience sociale. En lieu et place de l’identité nationale, l’avènement des identités sociales. La foi traditionnelle dans la grandeur et le destin de la France a été minée de l’intérieur: les guerres, européenne, mondiale, coloniale – celle de 1914-1918, de 1939-1945, la guerre d’Algérie – n’ont pas seulement infligé une réduction réelle de puissance, mais un doute insidieux et profond sur la validité et l’infaillibilité du modèle national classique. Il s’est traduit par la remontée de tous les refoulés du sentiment national (de la Terreur pendant la Révolution à la torture pendant la guerre d’Algérie), par une crise de toutes les filières de formation nationale, Églises, syndicats, partis, familles; par une incertitude sur la nature du message pédagogique; par une place difficile à définir entre poussées décentralisatrices et insertion dans un ensemble européen. Pendant ce temps-là, un puissant mouvement de décolonisation intérieure et d’émancipation des identités de groupes amenait chacune des minorités en voie d’intégration nationale à vouloir son histoire propre – sa “mémoire” -, à se la “réapproprier”, disait-on, et à en exiger la reconnaissance par la nation. Le cas juif serait, ici, éclairant à titre d’exemple. On n’aurait guère parlé de “mémoire” juive il y a encore trente ans. Même le souvenir de Vichy n’était pas principalement lié à la législation antisémite et à la responsabilité de l’État français dans la déportation et l’extermination. C’est le contraire aujourd’hui, et la “communauté juive” – un mot qu’on n’aurait pas non plus utilisé autrefois – n’a cessé de réclamer du président de la République la reconnaissance de cette responsabilité. Chose faite par Jacques Chirac le 16 juillet 1995 au Vel’ d’hiv’, où furent parqués les juifs de la grande rafle de 1942. Ce que l’on appelle en France “mémoire nationale” n’est autre que la transformation de cette mémoire historique de fond par l’invasion, la subversion, la submersion des mémoires de groupes.

***

Arrivés à ce point, l’important serait, bien sûr, d’entrer plus avant dans la description de l’économie interne de cette nouvelle mémoire. J’ai essayé de le faire dans les introductions et les conclusions des Lieux de mémoire. Contentons-nous donc ici, pour terminer, de souligner quelques-uns des effets directs, immédiats, de ce soulèvement récent de la mémoire. Il y en a, me semble-t-il, deux principaux.

Le premier consiste dans une intensification rapide des usages du passé, usages politiques, usages touristiques, usages commerciaux. Elle se traduit, par exemple, dans la montée en flèche de la courbe des commémorations, particulièrement évidente en France. La dernière décennie, (1989-2000) peut même paraître l’acmé de cette ère de la commémoration, encadrée d’une part par le Bicentenaire de la Révolution, qui a donné au phénomène, déjà bien lancé, toutes ses dimensions historiques, politiques, nationales, religieuses, idéologiques et symboliques, et de l’autre par la célébration de l’an 2000. Chaque année a apporté son lot de commémorations, de l’affaire Dreyfus au 1500e anniversaire de Clovis, du 80e anniversaire de l’armistice de 1918 au 150e anniversaire de l’abolition de l’esclavage. La France est, je crois, le seul pays qui a créé depuis vingt ans une Délégation aux célébrations nationales. Cette prolifération commémorative a des raisons multiples: elles prouvent toutes que le passé a cessé d’avoir un sens unique et qu’un présent qui se double de sa propre conscience historique autorise forcément plusieurs versions possibles du passé.

Le second effet de cette économie nouvelle de la mémoire revient à déposséder l’historien du monopole qu’il avait, traditionnellement, de l’interprétation du passé. Dans un monde où il y avait une histoire collective et des mémoires individuelles, c’était lui qui avait sur le passé, une manière de contrôle exclusif. L’histoire dite scientifique avait même, depuis un siècle, puissamment renforcé ce privilège. À l’historien seul l’établissement des faits, l’administration de la preuve, la distribution de la vérité. C’était son métier, et sa noblesse. L’historien est aujourd’hui loin d’être le seul dans la production du passé. Il partage ce rôle avec le juge, le témoin, les médias, et le législateur. C’est une raison de plus pour opposer aujourd’hui, haut et fort, au “devoir de mémoire” que nous avons été quelques uns à proclamer il y a vingt ou vingt-cinq ans, un “devoir d’histoire”.

Car le véritable problème que pose aujourd’hui la sacralisation de la mémoire est de savoir comment, pourquoi, à quel moment le principe positif d’émancipation et de libération qui l’anime peut se retourner et devenir une forme d’enfermement, un motif d’exclusion, et une arme de guerre. La revendication de la mémoire est dans son principe une forme d’appel à la justice. Dans son effet, elle est devenue souvent un appel au meurtre. C’est peut-être le moment de reprendre, contre la mémoire, le procès qu’il y a un siècle Nietzsche instruisait contre l’histoire et de redire comme lui dans ses Considérations inactuelles, mais en remplaçant le mot “histoire” par le mot “mémoire”: “Il y a un degré d’insomnie, de rumination, de sens historique [entendez: “mémoriel”] au-delà duquel l’être vivant se trouve ébranlé, et finalement détruit, qu’il s’agisse d’un individu, d’un peuple ou d’une civilisation.” C’est ce message de la mémoire dont nous devons, aussi, nous souvenir.

English Version

Tr@nsit online, Nr. 22/2002
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    In his reflections on twentieth-century history, Memoirs of a Ravaged Century, Robert Conquest admits that for all his scathing condemnation of Soviet atrocities, "I feel" the Holocaust was "worse" than Stalinist crimes.[1] The comparative intensity of feelings makes a difficult subject for historical explanation, but these feelings are important - they happen to be my feelings too, and those of many in Europe, the Americas, and elsewhere who reflect on history.
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  • Entre la mémoire et l’histoire

    Mon propos, après bien d’autres, c’est la vérité en histoire. Il faut peut-être insister sur cette dimension critique à une époque où l’on aborde trop vite les questions de devoir de mémoire. C’est à elles que je viendrai pour finir; ce n’est pas d’elles que je partirai. Mon approche à son tour n’est que l’une de celles qui ont marqué l’épistémologie de la connaissance historique après le déclin de l’hegelianisme.
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Tr@nsit Online Authors

  • Bradley F. Abrams

    History, Stanford University
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  • Thomas Ahbe

    Thomas Ahbe studierte Philosophie, Ökonomie und Soziologie. Seit 1998 wirkt er freischaffend als Sozialwissenschaftler und Publizist. Seine Arbeitsschwerpunkte sind Diskurs- und Kulturgeschichte der deutschen Zweistaatlichkeit und der ostdeutschen Transformation sowie die Generationengeschichte der DDR und Ostdeutschlands.   Print

  • Karl Aiginger

    Karl Aiginger is Director of WIFO (Österreichisches Institut für Wirtschaftsforschung), Professor of Economics and Coordinator of the project A new growth path for Europe within the 7th European Framework Program.   Print

  • Huercan Asli Aksoy

    Ph.D. candidate in Political Science, University of Tübingen
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  • Sorin Antohi

    Sorin Antohi is Professor of History at Central European University, Budapest.   Print

  • Timothy Garton Ash

    History, Oxford
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  • Roumen Avramov

    Program director for economic research at the Center for Liberal Strategies, Sofia
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  • Adam Baczko

    PhD Candidate in Political Science, EHESS, Paris
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  • Pavel Barsa

    Associate Professor of Political Science, Charles University Prague
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  • Rainer Bauböck

    Rainer Bauböck is professor of social and political theory at the European University Institute in Florence. In 2006 he was awarded the Latsis Prize of the European Science Foundation for his work on immigration and social cohesion in modern societies. Among his many publications are Immigration and Boundaries of Citizenship (1992), Transnational Citizenship: Membership and …
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  • Steven Beller

    Geschichte, Cambridge
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  • Naja Bentzen

    Freelance journalist, Wien
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  • Luiza Bialasiewicz

    Jean Monnet Professor of EU External Relations, University of Amsterdam
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  • Muriel Blaive

    Muriel Blaive ist seit 2012 Institutskoordinatorin des Ludwig Boltzmann Instituts für Europäische Geschichte und Öffentlichkeit.   Print

  • Andras Bozoki

    Sociology, Budapest
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  • José Casanova

    Professor für Soziologie, New School for Social Research, New York
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  • Daniel Chirot

    Soziologie, Seattle
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  • Robert Cooper

    Robert Cooper ist britischer Diplomat und derzeit als Sonderberater des Europäischen Auswärtigen Dienstes (European External Action Service, EEAS) tätig. Er ist zudem Gründungsmitglied des European Council on Foreign Relations (ECFR).   Print

  • Peter Demetz

    Sterling Professor Emeritus of German and Comparative Literature, Yale University; Korrespondierendes Mitglied des IWM
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  • James Dodd

    Associate Professor of Philosophy, New School for Social Research, New York
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  • Martin Endreß

    Martin Endreß ist Professor für Soziologie an der Universität Trier.   Print

  • Mischa Gabowitsch

    Mischa Gabowitsch (gabowitsch.net) is a research fellow at the Einstein Forum in Potsdam. He is the author of Putin kaputt!? (Suhrkamp, 2013), a study of the 2011-13 Russian protests for fair elections, and maintains protestrussia.net, which collects academic resources for the study of protest in Russia.   Print

  • Charles Gati

    Charles Gati is Senior Acting Director of Russian and Eurasian Studies and Foreign Policy Institute Senior Fellow at the School of Advanced International Studies at the Johns Hopkins University, Washington, D.C.     Print

  • Dessy Gavrilova

    Dessy Gavrilova is the founding Director of The Red House – Center for Culture and Debate in Sofia, Bulgaria.     Print

  • Keith Gessen

    Keith Gessen is a freelance writer living in Cambridge, MA.   Print

  • Gerhard Gnauck

    Warsaw correspondent for Die Welt
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  • Katya Gorchinskaya

    Managing Editor for Investigative Programming, Radio Free Europe/Radio Liberty (REF/RL), Kyiv
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  • John Gray

    John Gray is Professor of European Thought at the London School of Economics.   Print

  • Rainer Gries

    Rainer Gries lehrt und forscht als Universitätsprofessor am Historischen Institut der Friedrich-Schiller-Universität Jena, am Institut für Publizistik- und Kommunikationswissenschaft der Universität Wien sowie an der Sigmund Freud PrivatUniversität Wien. Zu seinen Forschungsschwerpuntken zählen u.a. die Gesellschaftsgeschichte Deutschlands und Österreichs im 20. Jahrhundert und die Geschichte des Konsums in Europa.   Print

  • Eva Hahn

    Geschichte
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  • Gábor Halmai

    Professor of Law, Department of European Studies; Eötvös Loránd University, Budapest
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  • Elemer Hankiss

    Professor für Politikwissenschaft, Eötvös Lorand Universität, Budapest; Korrespondierendes Mitglied des IWM
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  • Miklós Haraszti

    Miklós Haraszti is a writer, journalist, human rights advocate and university professor. He served the maximum of two terms as the OSCE Representative on Freedom of the Media from 2004 to 2010. Currently he is Adjunct Professor at the School of International and Public Affairs of Columbia Law School, New York. Haraszti studied philosophy and …
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  • Sabine Hark

    Sabine Hark forscht an der Wirtschafts- und Sozialwissenschaftlichen Fakultät der Universität Potsdam, Professur für Frauenforschung.   Print

  • Annemieke Hendriks

    Freelance journalist, Berlin
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  • Charles Hirschman

    Charles Hirschman is Boeing International Professor at the Department of Sociology and the Daniel J. Evans School of Public Affairs, Washington University.     Print

  • Jennifer L. Hochschild

    Jennifer L. Hochschild is Professor of Government at the John F. Kennedy School of Government, and Professor of African and African-American Studies at the Faculty of Arts and Sciences, Harvard University.   Print

  • Yaroslav Hrytsak

    History, Central European University Budapest
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  • Richard Hyman

    Richard Hyman ist Professor für Politikwissenschaft an der London School of Economics.   Print

  • Vladislav Inozemtsev

    Professor of Economics at Higher School of Economics; Director, Centre for Post-Industrial Studies, Moscow
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  • Bruce P. Jackson

    Bruce P. Jackson is the founder and President of the Project on Transitional Democracies. The Project is a multi-year endeavour aimed at accelerating the pace of reform in post-1989 democracies and advancing the date for the integration of these democracies into the institutions of the Euro-Atlantic. Jackson has written extensively about the engagement of Russia …
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  • Tom Junes

    Visiting Researcher, Warsaw University, and Visiting Lecturer in Polish history, KULeuven, Belgium
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  • Alex J. Kay

    Alex J. Kay holds a PhD in History from the Humboldt University Berlin.   Print

  • Anatoly M. Khazanov

    Anatoly M. Khazanov ist Professor für Anthropologie an der University of Wisconsin, Madison.   Print

  • Cornelia Klinger

    Professor of Philosophy, University of Tübingen
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  • Gudrun-Axeli Knapp

    Professor of Social Sciences and Social Psychology, University of Hannover
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  • Jacek Kochanowicz

    Jacek Kochanowicz is Professor for Economic History at Warsaw University.       Print

  • Michal Kopecek

    International Relations, Charles University Prague
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  • János Kornai

    János Kornai is Prof. em. for Economics  at Harvard University and Permanent Fellow at the Collegium Budapest – Institute for Advanced Study. He is a member of the Hungarian Academy of Sciences and the Academia Europeae, and Foreign Member of the American, British, Bulgarian, Finnish, Russian and Swedish Academies. He has served as President of …
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  • Pavel Kouba

    Professor für Philosophie an der Karlsuniversität, Prag; Leiter des Zentrums für Phänomenologische Forschung an der Tschechischen Akademie der Wissenschaften
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  • János Mátyás Kovács

    IWM Permanent Fellow
    Lecturer, Department of Economics, Eötvös Lorand University, Budapest
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  • Ivan Krastev

    IWM Permanent Fellow
    Chair of the Board, Centre for Liberal Strategies, Sofia
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  • Yustyna Kravchuk

    PhD candidate in Film and Media Studies, National Academy of Sciences of Ukraine, Kyiv
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  • Jacek Kucharczyk

    Jacek Kucharczyk ist Head of Programs am Institute of Public Affairs in Warschau.   Print

  • Aleksander Kwasniewski

    Aleksander Kwasniewski war Präsident Polens. Seine Amtszeit verlief von 1995 bis 2005 über zwei Legislaturperioden.   Print

  • Mladen Lazic

    Professor of Sociology, University of Belgrade
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  • Claus Leggewie

    Professor für Politikwissenschaft, Justus-Liebig-Universität Giessen
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  • André Liebich

    Honorary Professor of International History and Politics, Graduate Institute, Geneva
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  • Burkhard Liebsch

    Burkhard Liebsch ist Professor für Philosophie an der Ruhr-Universität Bochum.   Print

  • Michal Luczewski

    Ph.D. candidate in Sociology, Warsaw University
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  • Charles S. Maier

    Charles S. Maier ist Direktor des Center for European Studies, Harvard University.   Print

  • Andrey Makarychev

    Andrey Makarychev ist Professor und Research Fellow am Institut Osteuropäische Studien an der Freien Universität Berlin.   Print

  • Michał Maciej Matlak

    Ph.D. candidate, Department of Political and Social Sciences, European University Institute, Florence
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  • Erik Meyer

    Erik Meyer ist seit 2000 wissenschaftlicher Mitarbeiter am Sonderforschungsbereich ‘Erinnerungskulturen’ an der Justus-Liebig Universität Gießen.   Print

  • Krzysztof Michalski

    IWM Founding Rector
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  • Hans J. Misselwitz

    Hans-Jürgen Misselwitz ist ein deutscher SPD-Politiker und Gründungsmitglied des Instituts Solidarische Moderne.   Print

  • Alessandro Monsutti

    Alessandro Monsutti is an associate professor of anthropology and development sociology at the Graduate Institute of International and Development Studies in Geneva, as well as research associate at the Refugee Studies Centre at the University of Oxford. He worked as a consultant for several nongovernmental and international organizations, icnluding UNHCR. His book War and Migration: Social Networks …
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  • Jan-Werner Müller

    Professor of Politics, Princeton University

    Visiting Fellow
    (September 2016 – June 2017)
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  • Rainer Münz

    Professor für Bevölkerungswissenschaft, Humboldt-Universität zu Berlin; Korrespondierendes Mitglied des IWM
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  • Sighard Neckel

    Professor of Sociology, Goethe-Universität, Frankfurt am Main
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  • Katherine Newman

    Katherine S. Newman is the James B. Knapp Dean of The Zanvyl Krieger School of Arts and Sciences. She is a widely published expert on poverty and the working poor who led major interdisciplinary initiatives at Princeton and Harvard universities.     Print

  • Pierre Nora

    Pierre Nora lehrt Geschichte an der École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) in Paris.   Print

  • Tereza Novotna

    Political Science, Boston University
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  • Ewald Nowotny

    Ewald Nowotny is Governor of the Austrian National Bank.   Print

  • Thomas Nowotny

    Thomas Nowotny teaches Political Science at the University of Vienna. He has been Austrian diplomat, private secretary to Austrian Chancellor Bruno Kreisky, senior political counselor to the European Bank for Reconstruction and Development, and consultant to the OECD.   Print

  • Vlad Odobescu

    Freelance journalist, Romanian Centre for Investigative Journalism, Bucharest
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  • Andrzej Paczkowski

    Professor für Geschichte, Institut für Politische Studien, Polnische Akademie der Wissenschaften, Warschau
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  • Emilia Palonen

    Politics, University of Essex
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  • Irina Papkova

    Irina Papkova is a Research Fellow of Georgetown University’s Berkley Center for Religion, Peace, and World Affairs. She spent five years teaching at the Department of International Relations and European Studies at Central European University, Budapest.   Print

  • Agnieszka Pasieka

    Ph.D. in Social Anthropology from the Martin Luther University, Halle/Saale
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  • Gleb Pavlovsky

    President, Center of Effective Policies; Member, Public Chamber of the Russian Federation; Editor-in-Chief, The Russian Journal (Moscow)
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  • György Péteri

    Professor of Contemporary European History, Norwegian University of Science and Technology, Trondheim
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  • Tanja Petrovic

    Tanja Petrovic works at the Scientific Research Center of the Slovenian Academy of Sciences and Arts, Ljubljana.   Print

  • David Petruccelli

    PhD candidate in History, Yale University
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  • Alexander von Plato

    Alexander von Plato ist ein deutscher Philosoph und Historiker. Er gründete das Instituts für Geschichte und Biographie an der Fernuniversität Hagen, das er bis 2007 leitete. Von 1996 bis 2000 war er Sekretär der International Oral History Association, von 2006 bis 2008 deren Vizepräsident. Er ist Mitherausgeber und Redakteur von BIOS – Zeitschrift für Biographieforschung, Oral …
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  • Andrei Plesu

    Andrei Plesu ist Rektor des New Europe College, Bukarest. 1989- 1991 war er rumänischer Kulturminister und 1997- 1999 rumänischer Außenminister.   Print

  • Martin Pollack

    Martin Pollack, geb. 1944 in OÖ, studierte Slawistik und osteuropäische Geschichte. Er war von 1987 bis 1998 Redakteur des “Spiegel” in Warschau und Wien und lebt heute als Schriftsteller und literarischer Übersetzer in Wien und Bocksdorf im Südburgenland. 2011 erhielt er den Leipziger Buchpreis zur Europäischen Verständigung und 2012 den Stanislaw-Vincenz-Preis. Zuletzt erschien von ihm …
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  • Krzysztof Pomian

    Krzysztof Pomian is Professor of History at the Nicolaus Copernicus University (Toruń) and Academic Director of the Museum of Europe in Brussels.   Print

  • Romano Prodi

    Romano Prodi war von September 1999 bis November 2004 Präsident der Europäischen Kommission.   Print

  • Lipin Ram

    PhD candidate and teaching assistant in Anthropology and Sociology of Development, Graduate Institute, Geneva
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  • Mykola Riabchuk

    Senior Research Fellow, Institute of Political and Nationalities’ Studies, Academy of Sciences, Kyiv
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  • Edelbert Richter

    Edelbert Richter ist deutscher Theologe, Politiker und war Mitglied des Deutschen Bundestages.   Print

  • Paul Ricoeur

    Paul Ricoeur ist Philosoph und war Professor Emeritus an der University of Chicago und an der Sorbonne. Er war Mitglied der Académie Francaise und Mitglied des Wissenschaftlichen Beirats des IWM. Er starb 2005.   Print

  • Michel Rocard

    Michel Rocard, former First Secretary of the French Socialist Party and a member of the European Parliament for 15 years, was Prime Minister of France from 1988 to 1991.   Print

  • Akos Rona-Tas

    Akos Rona-Tas is professor at the Sociology Department of the University of California, San Diego and a research associate at Met@risk, INRA, Paris. He is the author of the books Plastic Money: Constructing Markets for Credit Cards in Eight Postcommunist Countries (with Alya Guseva, 2014) and Surprise of the Small Transformation: Demise of Communism and …
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  • Lew Rubinstein

    Lew Rubinstein lebt als Poet und Essayist in Moskau. Nach dem Studium der Philologie war er als Bibliothekar tätig. Seit Ende der 1960er-Jahre verfasst er poetische Arbeiten, seit 1974 serielle Textzyklen als so genannte Kartotheken. Zusammen mit Andrej Monastyrskij, Dimitrij A. Prigov und Vladimir Sorokin gilt er als wichtigster Vertreter des Moskauer Konzeptualismus. Print

  • Jacques Rupnik

    Geschichte und Politikwissenschaft, Paris
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  • Claudia Šabi?

    Claudia Šabi? ist Politikwissenschaftlerin und Ethnologin. Seit 1998 ist sie Wissenschaftliche Mitarbeiterin an der Goethe-Universität, Frankfurt am Main. Print

  • Ranabir Samaddar

    Ranabir Samaddar is the Director of the Calcutta Research Group. His research focuses on migration and refugee studies, the theory and practices of dialogue, nationalism and post-colonial statehood in South Asia, and new regimes of technological restructuring and labour control. Among his many publications are Marginal Nation: Trans-border Migration from Bangladesh to India (1999), Politics of Dialogue: Living under …
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  • Paul Sanders

    Paul Sanders is a historian and management scholar. He is a full-time professor at Reims Management School in Reims, France. He has published across the disciplines of history, international relations and leadership.   Print

  • Karl Schlögel

    Karl Schlögel war Professor für Osteuropäische Geschichte zuerst an der Universität Konstanz, dann an der Europa-Universität Viadrina in Frankfurt/Oder. Nach seiner Emeritierung arbeitet er an einer Archäologie des Kommunismus und einer Geschichte des Wolgaraumes. Zurzeit ist er City of Vienna/IFK Fellow am IFK in Wien.     Print

  • Thomas Schmid

    Thomas Schmid is the publisher of the WELT Group, Berlin. He worked for various newspapers, among them as editor of the Frankfurter Allgemeine Zeitung and the Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung. From 2006 to 2010 he was Editor-in-Chief of Die Welt.   Print

  • Margit Schratzenstaller

    Margit Schratzenstaller is senior researcher at the Austrian Institute of Economic Research (WIFO) and is currently coordinating (together with Karl Aiginger and Stefan Ederer) ‘WWW for Europe’, a 4-year research project within the 7th Framework Program funded by the European Commission.   Print

  • Dieter Segert

    Dieter Segert ist Professor für Transformationsprozesse in Mittel-, Südost- und Osteuropa am Institut für Politikwissenschaft der Universität Wien. Seit September 2007 ist er Mitglied des Vorstandes des IDM Wien, seit Juni 2008 Mitglied der Leibniz-Sozietät der Wissenschaften zu Berlin.   Print

  • Victoriya Sereda

    Sociologie, Ivan-Franko-Universität, Lviv
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  • Michel Serres

    Michel Serres ist Philosoph und Mitglied der Académie Française.   Print

  • Marci Shore

    Associate Professor of History, Yale University
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  • Sławomir Sierakowski

    Director, Institute for Advanced Study, Warsaw; Founder, "Krytyka Polityczna" movement
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  • Sara Silverstein

    Ph.D. Candidate in Modern European and International History, Yale University
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  • Aleksander Smolar

    Political Science, Paris
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  • Timothy Snyder

    IWM Permanent Fellow
    Bird White Housum Professor of History, Yale University
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  • George Soros

    George Soros is a pioneer of the hedge-fund industry, investor and philanthropist, he is the author of many books, including Financial Turmoil in Europe and the United States: Essays (2012), The Soros Lectures: At the Central European University (2010), The Crash of 2008 and What it Means: The New Paradigm for Finance Markets (2009).   …
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  • Robert Spaemann

    Robert Spaemann ist Professor em. für Philosophie an der Universität München.   Print

  • Pawel Spiewak

    Associate Professor of Sociology, Department of Sociology and Philosophy, Warsaw University
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  • Wilfried Stadler

    Wilfried Stadler ist Unternehmensberater, Wirtschaftspublizist und Honorarprofessor an der Wirtschaftsuniversität Wien. Bis 2009 war er Vorstandsvorsitzender einer österreichischen Spezialbank für Unternehmensfinanzierung.   Print

  • Rudolf Stamm

    Rudolf Stamm war von 1975 bis 1988 Korrespondent der Neuen Zürcher Zeitung für Osteuropa und Österreich, anschließend bis 1999 für Italien, dann bis zu seiner Pensionierung 2002 für die USA mit Sitz in Washington D.C. Er starb 2010 in der Schweiz. 1985 erscheinen seine NZZ-Reportagen aus Osteuropa in dem Band Alltag und Tradition in Osteuropa. …
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  • Paul Starr

    Paul Starr ist Professor für Soziologie an der Princeton University und Mitherausgeber von The American Prospect. Er ist Pulitzer-Preisträger.   Print

  • Martina Steer

    ÖAW APART Fellow (History)
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  • Kristina Stoeckl

    Research Director
    APART Fellow, Austrian Academy of Sciences; Department of Political Sciences, University of Vienna
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  • Roman Szporluk

    Roman Szporluk is Professor em. of Ukrainian History at Harvard and Professor em. of History at the University of Michigan. He is a foreign member of the National Academy of Sciences in Kiev, Ukraine. His research focuses on modern Ukrainian, Russian, and Polish history, and on Marxism and nationalism in Eastern Europe.   Print

  • Charles Taylor

    IWM Permanent Fellow
    Professor em. of Philosophy, McGill University, Montréal
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  • Maria Teteriuk

    PhD candidate in Mass Communications and senior lecturer in Media Studies, National University of 'Kyiv-Mohyla Academy', Ukraine
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  • Philipp Ther

    Junior Professor of Polish and Ukrainian Studies, Europa-Universität Frankfurt / Oder
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  • Maria Todorova

    Professor of History, University of Illinois at Urbana Champaign
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  • Balázs Trencsényi

    Balázs Trencsényi, Ph.D., is Associate Professor at the Department of History, CEU. His research focuses on the comparative history of political thought in East Central Europe and the history of historiography. He is co-director of Pasts, Inc., Center for Historical Studies at CEU and Associate Editor of the periodical East Central Europe (Brill). He was …
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  • Stefan Troebst

    .
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  • Marius Turda

    Lecturer in the Education Abroad Program, Eötvös Lorand University, Faculty of Humanities, Budapest
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  • Andreas Umland

    Andreas Umland ist Wissenschaftlicher Mitarbeiter am Institut für Euro-Atlantische Kooperation Kiew sowie Herausgeber der Buchreihe Soviet and Post-Soviet Politics and Society, ibidem-Verlag Stuttgart. Print

  • Victoria Vasilenko

    Assistant Professor of Contemporary History and International Relations, Belgorod National Research University
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  • David G. Victor

    David G. Victor is a Professor at the School of International Relations and Pacific Studies at the University of California, San Diego, where he directs the Laboratory on International Law and Regulation.   Print

  • Harald Welzer

    Harald Welzer ist Forschungsprofessor für Sozialpsychologie an der Universität Witten/Herdecke und Direktor des Center for Interdisciplinary Memory Research am Kulturwissenschaftlichen Instituts Essen.   Print

  • Karolina Wigura

    Adjunct of the History of Ideas, University of Warsaw; Co-Editor of Kultura Liberalna
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  • Volodymyr Yermolenko

    Volodymyr Yermolenko is a Ukrainian philosopher and essayist. He has a degree in Political Science from the EHESS, Paris, and teaches at Kyiv Mohyla Academy in Kyiv. He is the author of the book Narrator and Philosopher: Walter Benjamin and his time (2011, in Ukrainian). Print

  • Oksana Zabuzhko

    Free-lance writer, Kiev
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  • Tatiana Zhurzhenko

    Research Director, Russia in Global Dialogue / Ukraine in European Dialogue
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